Sans Raisons Apparentes

18 juin 2007

On s'excuse toujours trop tard!

En fait, s’il y a une chose dont je me souviens c’est la première fois que je la vis. C’était un samedi soir, il était proche de onze heures. J’entrais dans le hall de son immeuble, un escalier en colimaçon menait aux étages. A peine les premières marches gravies, je pus l’apercevoir en levant la tête. Et bizarrement la chose dont je me souviens le plus distinctement est son pull gris à col roulé. Plus je grimpais et plus son sourire occulta tout le reste.

Ensuite tout alla très vite, tout comme je compris rapidement que j’avais toujours voulu que ce soit elle. Nous entrâmes dans son petit meublé, on parla des heures durant de tout et de rien. Je me souviens qu’à l’époque j’avais l’impression de retrouver une amie dont je n’avais pas eu de nouvelles depuis des années. Le hasard de cette rencontre, devait en fait changé les treize prochaines années de ma vie. Très vite elle m’apparut comme une évidence, moins de deux mois après ces premiers instants nous décidions de ne plus utiliser de préservatifs. Tout aussi vite comme un ciment à ce que nous ressentions elle portait notre second enfant et le premier en commun.

Lorsqu’au petit matin de notre première nuit je partis de chez elle, j’eu l’impression d’être à 10 cm au dessus du sol, je ne sentais rien sous mes pieds. C’était à la fois imprévisible et inespéré. Ce qui est le plus saisissant est que n’étant plus là, je suis persuadé que si mon état d’esprit avait été à l’époque, celui qu’il est aujourd’hui nous aurions été les plus heureux du monde. Je ne peux lui en vouloir en fait, tant fut grande sa patience à me supporter, j’ai toujours eu besoin de me parer d’artifices tant j’étais certain de ne pas avoir d’intérêt en étant simplement moi-même.

Tout cela pour dire, que notre histoire a prit fin. En moins de vingt quatre je me retrouvais à la rue avec très peu de moyens. Je me rends compte de tout ceci aujourd’hui, je voudrais m’excuser mais bien évidement il est trop tard.

Ce petit préambule, pour expliquer comment et pourquoi aujourd’hui j’en suis arrivé à écrire ce qui m’est arrivé depuis presque quatre semaines. Dés le premier soir où je me suis retrouvais dehors, j’étais totalement perdu, je me souviens encore le nombre de fois où de ma fenêtre je plaignais ces pauvres gens qui errent des nuits entières dehors. Donc, ce premier soir j’avais si peur que je n’ai pas arrêté de marcher, dés que je croisais quelqu’un je faisais semblant de regarder l’heure avec une moue censée faire comprendre que je m’étonnais qu’il soit si tard. L’autre dépassé je remettais les mains dans mes poches, regardant sans cesse à droite et à gauche. Il m’arrivait certaine nuit de faire une vingtaine de fois le tour du même patté de maison, où bien de rester debout à une bonne distance de mon ancien logement à attendre que les lumières s’éteignent.

Certain soir, lorsque le temps était trop humide j’allais dans le quartier de la gare, là où les bars sont ouverts tard. Des heures durant je restais assis dans un coin à boire café sur café. Un soir après la fermeture, je n’ai pas tout de suite vu celui qui me suivait, n’ayant jamais rien de valeur sur moi, il fut suffisamment déçu pour me signifier son mécontentement  par un coup de tête que j’esquivais en partie. La pommette endolorie je partis en courant, sans attendre une nouvelle rasade de coups.

Les nuits passées les unes après les autres, j’appris à trouver un peu partout dans la ville des refuges précaires mais secs. Certaines fois cachés dans des bosquets, je ne voyais que des jambes dont les têtes étaient loin de soupçonner ma présence. Puis un soir dans l’un de mes refuges, invisibles aux yeux mais pas aux truffes des chiens venant faire leur dernier pissou du soir, je vis ce que j’avais toujours redouté, mon ex-épouse avec un autre homme. Du coup j’abandonnais le lieu à jamais. C’est ainsi que ma quête d’un nouveau refuge me mena dans un endroit presque idéal, le seul inconvénient est qu’il se situe non loin d’un parking, de fait le lieu est pour le moins bruyant. Pourtant c’est de là que tout commença, le troisième soir sur le coup d’une heure du matin, un énorme 4x4 noir stationna sur ledit parking. Je ne pouvais l’ignorer car l’engin braquait ces phares sur mon bosquet. Je levais la tête, pouvoir le sans-gêne qui rechignait à éteindre ses lumières. Les lux étaient si importants que je ne pouvais fixer l’engin de face.  

Un petit quart d’heure plus tard une nouvelle voiture entra sur le parking, elle s’arrêta à hauteur du 4X4. Deux hommes descendirent du véhicule aux phares toujours allumés, un seul de l’autre. Ils discutèrent pendant moins d’une minute, le dernier arrivé palabrait les mains dans les poches. L’un des deux personnages de l’imposant véhicule décocha sans que rien ne le laisse présager un énorme coup de poing dans la face de son interlocuteur, ce qui le laissa inconscient sur le sol. Le second l’attrapa puis en deux temps trois mouvements il le déposa à l’arrière de sa voiture après avoir récupéré les clefs du véhicule, sans plus attendre il fila à bonne allure.

Le second, à côté du 4X4 téléphonait, lorsque la conversation fut terminée il remonta dans son véhicule puis disparu sans attendre. Je vous assure que la scène ne dura pas plus de trois ou quatre minutes. La pénombre revenue je restais ainsi, légèrement tremblant à me demander si je ne venais pas de rêver ce à quoi j’avais assisté. Tout était calme, je décidais de sortir et de me rendre là où la scène s’était passée. Je dois avouer que cela n’était pas désintéressait, car j’avais parfaitement vu tomber de la poche, de l’homme frappé, quelque chose. Il s’agissait en fait d’une feuille sur laquelle était imprimé une photographie provenant de Google Earth avec quelques légendes. Je ne pus voir tous les détails immédiatement. Ce n’est qu’en regardant le feuillet, que je distinguais parfaitement une vue du centre ville de Caen.

Pour ceux qui se demandent comment, étant dehors toutes les nuits je puis proposer ces pages sur internet. C’est assez simple, certes je suis sans toit mais pas sans travail. Simplement entre la pension alimentaire et la vie de chaque jour mon salaire ne me permet pas pour l’instant d’avoir un logement. D’autre part mon travail me permet d’avoir un accès au net.

De fait le lendemain matin, après ma douche matinale dans un foyer ouvrant ses portes à six heures, je me rendis plus tôt que d’habitude à mon travail. Plusieurs fois cette journée là je regardais la feuille avec la photo, et je dois dire que je ne compris rien aux légendes. Et l’image du pauvre bougre au sol me trottait en encore dans la tête. (Je pense pouvoir scanner la feuille dans la semaine.) Je la mettrais en ligne dés que possible.

Vers la fin d’après-midi, j’étais un peu plus tranquille, je décidais de rechercher les mots des légendes que je ne comprenais pas. Le premier fut « GRASSAU », à côté duquel était indiqué « chambre au dernier étage. » La réponse du navigateur (Firefox) fut pour le moins inepte, puisque je tombais sur le site d’une petite ville Allemande à ce que j’ai compris.

Je vais devoir y aller, nous allons bientôt fermer. Demain entre midi et deux j’aurai, je pense, le temps de continuer à écrire.

Posté par Vaccaro à 17:56 - Commentaires [0] - Permalien [#]